En ces quelques semaines électorales décisives il se joue, au-delà, à partir, des résultats, bien des choses au niveau de la gouvernance et de la gouvenementalité de la France et de l’Europe (et par l’OTAN de la partie, encore dominante, du monde). La question cruciale à laquelle tiennent les marchés, les médias et les élites techno-politiques nationaux, européens et atlantiques est d’aboutir à une stabilisation du « système », et même à un renforcement des institutions et des mécanismes qui le font tenir, quelques soient (et en s’appuyant sur !) les alternances politiques et la vox populi. On voit bien au niveau européen comment l’ajustement est en train de se faire sans déchirure du couple Franco-Allemand. Mais le sommet de l’OTAN à Chicago utilisera lui aussi avec « pragmatisme » et « réalisme » les ajustements et les alternances politiques. Certes c’est plus rapidement faisable dans un Etat hyper structuré, et hyper légitimé par les urnes, comme la France que ce ne l’est en Grèce. Sauf qu’on voit bien comment « le changement maintenant » en France facilite, même si cela reste limite vu le niveau de dégradation et de déligitimation des institutions et des élites politiques dans les pays du « Sud » européen, cette re-stabilisation et re-légitimation d’ensemble.
Ce n’est donc pas sans un brin d’humour qu’on peut constater que les médias glissent progressivement, mais rapidement, d’une lecture à une autre de la situation politique et institutionnelle française. On essaie de nous vendre maintenant, à l’inverse exacte de ce qui a été dit durant toute la période antérieure (par ces mêmes médias), que le débat présidentiel a été d’un « haut niveau » (Y.Calvi). Qu’il a même passionné les français (audimats et niveau de la participation électorale). De la crise de la politique, de la crise des institutions, de la crise de la représentation en France et en Europe il ne saurait plus être question ni débat ! L’élection de F. Hollande relégitime tout le système et renforce encore la présidentialisation extrême, quasi extrémiste, de celui-ci.
Ne vient-il pas de nous appeler à lui donner un Parlement qui lui soit tout entier « fidèle » ! La VI ième République pourra d’autant plus attendre que même ses derniers et fort discrets, désormais, hérauts négocient chèrement leurs places et leurs statuts dans cette V ième revigorée (après avoir pris soin d’abandonner toute velléité de remettre en cause même dans leurs projets les plus « osés » l’abandon au suffrage universel du Président. On ne sait jamais cela pourrait peut être un jour leur servir personnellement).
D’ailleurs le storytelling de l’enfance d’un chef nous est resservi à longueur d’antennes et de livres faits minute. Si, si F. Hollande ne pensait lui aussi, et sa maman, qu’à ça ! Une belle carrière « suprême » attend quelques fringants trentenaires ou quadras de la génération « Hollande » qui se fabrique dans les maroquins et cabinets du nouveau pouvoir. Il suffit d’en être dès la sortie de l’ENA ou d’HEC, les deux sont permis, comme la « Génération Mitterrand » vient d’en administrer la preuve. C’est fou comme une telle conception du pouvoir soude les élites techno- économico- politiques.
On a même droit à un début de revalorisation du Président sortant : Oh comme il réussi bien sa sortie, quelle classe ! Bientôt les néo-faschos ce seront les autres de l’UMP (Copé, Lemaire…) mais plus Sarko (On nous à déjà fait le coup avec De Gaulle – tient personne n’a commémoré le putsch factieux du 13 Mai 1958, fondateur de la V ième- puis avec Chirac. Là encore le cinquantenaire de la fin de l’Algérie française, un dada à Chichi, n’a pas donné lieu à de grandes effusions républicaines !). Le symbolisme républicain à la Jules Ferry semble mieux adapté pour entamer les législatives. Inutile pour l’instant d’être trop regardant politiquement et médiatiquement sur la nature complexe des résultats des votes à la présidentielle. Même si Le Pen a RECULé dans toutes les grandes métropoles et toutes les zones urbaines, y compris donc dans les « quartiers », le spectre de la peste brune est agité sans nuances (cela pouvant d’ailleurs, outre l’élection d’une majorité strictement fidèle au Président, permettre d’assurer le PCF et le Front de gauche de bénéficier d’un groupe parlementaire sans avoir à rien « négocier », comme l’ont fait sans plus moufter les « écolos nucléocrates », avec le parti socialiste). Mélanchon et le Front de gauche pourront continuer à croire, sans que soit là aussi bien regardé les résultats quantitatifs et qualitatifs de la présidentielle, qu’ils sont une alternative (comme en Amérique du Sud et en Grèce dit le prophète Jean-Luc après le début de déroute de son antérieur « modèle » Die Linke en Allemagne) Business as usual…
Certes je sais comme il est malséant de donner un avis un peu… décalé dans la période de prise, surtout quand ce n’est pas totalement fait, du pouvoir. Mais on m’accordera que c’était perçu comme malséant avant. Ma tentative étouffée dans l’œuf de, seulement, postuler, issue d’un autre type de parcours militant, à la primaire socialiste, en a été une des démonstrations de la période. Et cela risque fort d’être perçu comme aussi malséant après !!! Mais « comme on fait son lit on se couche » dit le proverbe populaire.
Or la crise politique, celle des Institutions, celle de la représentation n’a pas disparu d’un coup d’un seul même si la période permet de la masquer temporairement. Les monarchies françaises lorsqu’elles n’étaient pas encore républicaines se payaient au moins le luxe d’avoir un « fou » dont la langue inconvenante bien pendue était fort utile pour dégriser un peu LE souverain axphixié dans sa Cour dévote. En ses temps plus « sobres », si ce n’est austère, il est à parier que le Président fera faire l’économie au pays de cette pourtant si salutaire fonction. Je maintiendrai l’idée d’une vie du parti socialiste indépendante du pouvoir étatique, si on me laisse seulement la capacité, dans la préparation du congrès du PS, de la défendre !?
Je veux tirer mon chapeau à Jean-Baptiste Eyraud Président de la si pugnace association droit au logement (le DAL) pour être peut être le seul dirigeant du mouvement social français à avoir osé manifester dans la rue en cette période.
