Le populisme contre le populaire et le changement

Au malaise dans la société, au malaise dans la civilisation s’ajoute maintenant un gros et dangereux malaise dans l’élection.

Ce qui se passe actuellement dans l’opinion française est énorme : près d’un tiers de celle-ci se déclare en accord avec les « idées » de Le Pen, là où il n’y a plus qu’un petit tiers (ils étaient plus de 70% en 2002) qui les réprouve complètement.

La moindre discussion autour de soi, au travail, dans la cité et en famille permet de sentir qu’il ne s’agit pas de sondages qui vont, qui viennent !

En ce moment, où rien n’est joué électoralement mais où une bascule idéologique néfaste est tout de même en cours, les divers tenants d’une nouvelle « Renaissance », culturelle sociale et démocratique ont moins de raisons que jamais à laisser se déployer, ou pire à agiter eux-mêmes, le moignon pourri du et des populismes.

Il n’est réjouissant pour personne de constater que ce qu’on nomme les classes populaires ainsi que la classe ouvrière, sont traversées lors des crises majeures et des effondrements, autant, parfois même plus que les autres, par ce type de « solution ». L’histoire nous a démontré que ce n’était pas une vue de l’esprit ! Même si nous avons toujours du mal à l’admettre et, donc, à réagir en conséquence…

On sait aussi que c’est malgré tout une minorité (certes considérable) de ces « classes » qui passent à l’acte de ce vote extrémiste. Que cette montée est résistible si la gauche, – les gauches – arrivent à faire s’exprimer l’intégralité des électorats, notamment celui le plus éloigné du vote. Plutôt que de se fixer l’objectif de prendre un ou deux millions d’électeurs sur le potentiel d’un autre candidat de gauche, c’est l’électorat d’ensemble, celui le plus sceptique, qu’il faut mobiliser !

D’autant plus que l’autre « malaise dans l’élection » se mesure, à trois mois de l’échéance, par le faible niveau cumulé des candidats de gauche et le recul relatif de ce cumul avec la percée de Bayrou.

Ce n’est pas prendre pour argent comptant les sondages. Là aussi, on le vérifie dès qu’on est présent dans toutes les discussions. L’absence, pour des raisons déjà abordées dans cette lettre, du « réservoir utopique » de l’écologie politique pèse fortement. Ce choix des écolos guidé par une tactique « court termiste » risque de terriblement peser sur l’écologie. Mais aussi, dès l’élection, sur le résultat de la gauche, et, dans tous les cas, même si la gauche gagne, sur le type d’alternative. Le courant souverainiste (encore) interne à mon propre parti (courant protectionniste, productiviste et flirtant donc globalement avec le populisme) juge qu’il peut d’ores et déjà, avant tout résultat dont il sait qu’ils seront mauvais pour les Verts, minorer la place de l’écologie politique à son avis « surestimée » par la direction du Parti Socialiste. Le fait que la politique des chiffres et des notes (PIB, Dette, Score) soient si vite redevenue totalitaire par la lecture « financière » de la crise ; que le qualitatif, surtout s’il n’est pas valorisé médiatiquement, soit ignoré avec mépris par les

directions de partis en dit long sur les régressions à l’oeuvre dans une campagne comme celle-ci (eh oui on peut gagner l’élection et régresser, du moins en partie, en même temps !).

Pour en revenir, car il le faut sans cesse, aux votes d’extrême droite, l’expérience historique nous enseigne parfaitement que l’emprunt, même partiel, de thématiques populistes par la gauche ne mord pas sur cet électorat composite. Elle légitime considérablement par contre, pour le corps social tout entier, la dérive xénophobe, la peur et le dégoût de l’autre !

L’obsession nominaliste anti Sarkozy, le rejet caricatural de tous nos malheurs sur la « finance », les marchés financiers, l’espèce de violence physique qui en ressort peuvent très bien alimenter l’extrémisme.

 Je trouve fanfaron et glaçant le « au final ça se terminera entre eux – le Front National- et nous – le Front de Gauche » lancé par J.L.Mélanchon. Stupéfiant le « il faut que la France récupère les cinq milliards d’Euro entre sa cotisation à l’UE et ce qu’elle obtient en retour de l’Europe ». Si ces « facilités » de langage (mais pour un tribun, un politique la langue est performative !) faisaient une politique ce n’est plus au vote utile qu’il faudrait alors appeler au premier tour, mais au vote « révolutionnaire » en faveur de F.Hollande !

Mais, chacun à gauche, à sa part dans cette dérive populiste d’ensemble. Dans cette haine de la pensée où le rejet de l’autre, la faute venant toujours de l’autre, nous sert encore de théorie (Et où la nécessité d’avoir un travail sur le théorique apparaît une vertu « molle »; pas assez virile ?).

Dans l’état où nous avons tous mené (Syndicats, Mutuelles, Coopératives, Associations, Partis) le mouvement social, la gauche et la démocratie française, devant la difficulté inouïe de réinterpréter et d’interpréter nouvellement le monde le plus osé, donc le plus raisonnable, le plus transformateur, le plus urgent résiderai dans la capacité de penser la nouvelle fonction du politique. Au lieu de voir des candidats tétanisés par le flot continu des « mauvaises nouvelles » de la crise et d’emmagasiner les 10, 20, 80 recettes expertes à appliquer en tout et sur toute il devrait s’agir de refaire confiance à la société en la dotant de scènes d’expression et de décisions. Confiance à ses organisations qui trouveraient là moyens de se démocratiser (car nous sommes dans la folie présidentialiste partout; dans la confiscation « cultuelle » et sociale du pouvoir). Confiance à l’égalité politique réelle faisant de tous, alternativement, des dirigés et des dirigeants. Sans quoi, dans la répétition des anciennes formes de gouvernement, dans le « faites moi confiance », il n’y aura pas d’invention de nouvelles réponses.

Dimanche 15 Janvier, j’ai assisté à Paris avec plus de 1000 personnes (bien uniment âgées) à une journée convoquée par ATTAC. Elle a surtout permis d’écouter des « Indignés » venus d’Islande, de Grèce, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, de Belgique, des Etats-Unis et… de France. D’entendre leurs expériences de démocratie directe, de tirages au sort, de début de modifications des institutions représentatives (l’Islande étant le « cas » le plus avancé en ce domaine). Cette journée est un des témoignages que la lutte pour l’égalité politique réelle devient l’opérateur politique essentiel de toute transformation. Le liant le plus universalisable d’une nouvelle « Internationale », d’une opinion publique mondialisée en (difficile) formation.

Si je trouve bien discutable, la prophétie que nous serions peut être en France à la veille d’un effondrement des institutions représentatives pourtant effectivement usées, décrédibilisées, captées par une « classe politique » autonomisée, je pense par contre excitant de savoir qu’en

2012, dans notre pays, l’opportunité peut être saisie d’une démocratisation, plus ou moins radicale d’Institutions de démocratie représentative qui ne peuvent plus fonctionner en l’état.

Ce serait certainement le coup majeur porté à la montée, encore résistible à ce stade, des populismes. Le programme du Parti Socialiste stipule « qu’avant fin 2012 » un référendum devrait faire revivre la démocratie dans l’ensemble de nos Institutions. Cette opportunité, qui ne dépend en rien des marchés financiers, il faut impérativement pouvoir la jouer.

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La campagne des cent jours : tout, tout, tout, sur la valeur ajoutée !

Dans une campagne électorale il est toujours délicat, pour un militant ne faisant pas partie du sérail dirigeant, de tenir une action et une parole ayant une valeur ajoutée. Pour ne pas gêner le candidat Hollande faut-il se taire ? Mais alors comment gagner au vote les personnes que vous côtoyez directement ? Et déjà, celles qui se sont déplacées pour voter à la première primaire de notre histoire démocratique, soit plus de 800 000 personnes tout de même, à être relancées par les sections socialistes auprès desquelles elles se sont fait connaître. Une partie d’entre elles (c’est ça le centralisme, on perd au moins la moitié de la « valeur » à vouloir tout contrôler d’en haut) ont bien reçu un courrier personnel du candidat lui-même. Et une très petite partie ses voeux téléphoniques, mais encore ? Deux trois lettres à venir que tout le monde, surtout pour les personnes les plus impliquées, pourrait se procurer ailleurs, notamment sur la toile. Les sections socialistes n’ont pas le retour des adresses qu’elles ont pourtant collectées. Des fois qu’elles prendraient des initiatives non prémâchées par l’équipe de campagne ! Qu’elles fassent « écran » entre l’électeur à la primaire et le candidat élu par cette primaire ! Les électrices et électeurs que je côtoie sont très interloqués par cette attitude centralement adoptée. Qu’elle est donc la valeur ajoutée de la primaire dans ces conditions ?

Oui mais n’est ce pas de dénoncer le bilan de Sarkozy, la gestion chaotique qu’il veut imprimer au pays ces derniers cent jours qui doit primer ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas sur ce terrain de la dénonciation du bilan que notre campagne est en déficit.

Par contre pour ce qui est des propositions, de la façon de faire, pour penser pouvoir entrer dans un nouveau modèle de développement les questions fusent de partout. Si les conditions d’un vote sanction contre le Président actuel existent, et ne vont pas s’évanouir en 100 jours, celles d’un vote d’adhésion, de confiance reste presque entièrement à créer. Ce n’est pas dévoiler un secret d’Etat que de le dire.

Surtout si notre candidat décide de dévoiler ses batteries de façon prudente (ne pas donner des armes à l’adversaire dit-on) et sur la durée entière de la campagne (« on a jusqu’à la veille du premier tour pour nous dévoiler » déclare le directeur de campagne. D’autant plus qu’il y aura des alliances de second tour, un contrat de mandature, déjà passé avec les Verts, et qui sera à repasser, lui aussi.

D’autant plus qu’on ne souhaite plus voir décider de tout et sur tout par le Président…

Les militants socialistes ont donc une considérable responsabilité : répondre aux attentes, questions mais aussi propositions et critiques de leurs proches au travail et hors travail.Ce n’est pas mission impossible tout de même que d’en faire un atout explicite. Les grands axes sont ceux du programme du PS que je n’ai jamais pris, pour ma part, comme un attrape-tout vague. Les militants, les adhérents, les sympathisants ont des yeux et des oreilles pour juger des évolutions en cours, au jour le jour. Et ils ont même leurs convictions, leurs luttes qui pèseront, bien après le premier tour, elles aussi. C’est ce déploiement des discussions et débats qui est souvent le plus payant pour entraîner les proches, le plus susceptible de créer la confiance et, pourquoi pas, d’amorcer l’envie, l’enthousiasme si absent encore.

L’exemple de la « TVA sociale » est un bon exemple de dynamique à amplifier. Jamais un leader du Parti Socialiste n’a été aussi ferme contre cette mesure que l’a été le candidat Hollande, bravo ! Profitons en donc pour avancer sur la très nécessaire réforme du financement de la protection sociale. Et sur une cohérence de sortie de crise liant à la fois « pacte productif », « pacte démocratique » et « pacte jeunesse/éducatif », car il ne s’agit pas seulement de dire non à la TVA sociale, d’autres le font, sans scrupules.

Le programme du Parti Socialiste propose une réforme profonde des cotisations sociales qui seraient élargies à l’ensemble de la Valeur Ajoutée. J’en ai salué l’adoption avec d’autant plus d’entrain que durant plus de trente ans, comme syndicaliste puis comme mutualiste, j’ai bataillé y compris contre mais camarades socialistes dans nombres de gouvernements pour la proposer. Or, si on l’applique les entreprises de mains d’oeuvre bien payées ne seront plus dramatiquement discriminées par rapport aux entreprises les plus capitalistiques. Ainsi la plupart des entreprises du CAC 40, dont les bénéfices distribués continuent à croître durant la « crise », cotisent socialement sur des masses salariales qui diminuent continûment proportionnellement à leurs chiffres d’affaire. Ainsi un hôpital, une association peut cotiser « patronalement » sur 80 % de son chiffre d’affaire global alors qu’un grand établissement financier, un pétrolier ne le fait que sur 10 ou même 5% (c’est la part de leur masse salariale dans le CA !).

Là on peut sérieusement redresser le système productif français en faveur des PME à haute masse salariale et en faveur des sociétés de service. Montrer que efficacité sociale, efficacité économique, emplois bien rétribués, équilibres des comptes vont de pair. Là on peut redonner à la démocratie sociale son ancrage dans le tissu productif alors que les prélèvements par des impôts et des quasi-impôts conduiront à étatiser complètement la protection sociale française. Là, on peut faire disparaître d’un coup les fameuses exonérations de charges sociales (plus de 25 milliards d’Euro/an) qui creusent le célèbre déficit de la Sécurité Sociale.

Alors certes, s’il n’y a plus d’exonération de charges sociales, on ne pourra pas utiliser celles-ci pour mettre en place les contrats de génération junior/senior proposés par Hollande. Agir et débattre très hardiment durant les 100 prochains jours à partir de l’évolution de la campagne elle-même c’est bien de la valeur ajoutée ! Car, pour cet exemple, les contrats de génération et l’autonomie de la jeunesse peuvent aussi trouver à se financer en propre si on en débat durant cette campagne.

Il n’est pas facile de redresser une campagne électorale où les écologistes se sont sabordés eux-mêmes en pensant être très malins tactiquement et où la gauche va globalement, pour cela et d’autres choses encore (le politique ancien, en « fin de règne »), être à un faible niveau global. Mais une campagne des 100 jours faisant confiance à la créativité, à la valeur ajoutée des militants c’est, encore, gagnable !

 

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Coup d’États : Des Unions Européennes

Il n’y avait pas besoin, il n’y a pas besoin, d’un nouveau traité de l’Union Européenne pour mettre en oeuvre une coopération budgétaire renforcée, même très renforcée, de la zone Euro et des pays prêts à s’associer au sein de l’Union à de nouvelles règles de contrôles internes.

Le Président du Conseil européen, le poète Herman Van Rompuy et celui de la Commission, le lisboète José Manuel Barroso ont même tenté in extremis, la veille de la « dernière réunion » de la « dernière chance », le 8 décembre, de régler la crise de l’Euro avec les Institutions telles qu’elles sont, encore. Bien que désignés par les 27 comme dirigeants de ces Institutions il y a fort peu de temps la volonté d’un nouveau traité leur est imposée, à eux aussi ! Même si un certain nombre de pays continuent à caresser l’espoir de ne pas avoir à en passer par là ils ont acquiescé à la décision du 9 décembre imposée par le « directoire » franco-allemand. C’était cela ou se retrouver isolés « dans le camp de la Grande- Bretagne ». Car voilà qu’en une journée, une seule, nous avons changé « d’ennemi » héréditaire, après les « teutons », les « rosbifs », la perfide Albion ! C’est super comme on s’ingénie à revivifier les vieux nationalismes pour construire « l’Europe de la paix » ! Il est vrai qu’une Grande Bretagne très libre échangiste, encore qu’elle joue un rôle majeur dans la consolidation du marché unique européen, peut servir facilement de repoussoir. Mais est ce raisonnable et acceptable pour autant ? Tant pour nos amis anglais que pour le devenir de l’Europe elle-même. Je suis effaré de l’acceptation tacite qui se fait, à droite comme à gauche, de cette mise hors jeu de l’Angleterre ! Après avoir encensé très déraisonnablement B.Obama on voit maintenant poindre le réflexe anti-américain, Laurence Parisot, présidente du MEDEF en étant la Jeanne d’Arc ! Les « Yankees » ne sont-ils pas les agioteurs finaux contre notre Euro, la Grande Bretagne leur porte avion ? On n’ose même plus parler de la Turquie !!!

Les durs du noyau

La volonté de resserrer le noyau dur de l’UE n’hésite donc pas à faire feu de tout bois. L’idée d’une Europe à plusieurs vitesses est utilisée non pour avancer, avec des coopérations renforcées mais pour régresser. Ce n’est pas parce que personne ne sait ni ce qui a été littéralement « décidé », ni comment cela a été « acté », le 9 décembre qu’on peut avoir un doute sur le coup réalisé : plaquer un corset interétatique sur toutes les institutions et tous les instruments de l’Union Européenne, et en rapter le fonctionnement. Faire de cette nouvelle donne le nouveau traité de l’Union. Même ce qui se renégociera ensuite en fonction d’éventuels changements politiques dans tel ou tel État de l’Union s’effectuera dans ce cadre!

Tous les préjugés, toutes les approximations qui avaient fait florès lors de la campagne référendaire, sont jetées dans la chaudière. Même les références au Gaullisme sont réactivées. De Gaulle avait mis son veto à l’inclusion de la Grande-Bretagne dans le noyau fondateur de l’Union. Ça c’était un « dur » ! Du coup personne n’y regarde de trop près. On tord grossièrement le bras des textes, et des principes, qui fondent l’Union Européenne. Qui sera assez courageux pour monter au créneau ? « Tu ne vas tout de même pas défendre cette Europe technocratique, cosmopolite et antisociale » ! Le dernier traité, celui de Lisbonne (« même cela tu prétends le défendre ? ») débouche dans deux ans sur un Président de l’Union élu par le Parlement Européen.

Cela est encore trop pour les durs du noyau. Ils se donnent, avant, en Mars 2012, les moyens d’ une intégration purement autoritaire, technocratique, bancaire entre gens du « club », uniquement contrôlée par les États dominants.

La nature communautaire des Institutions Européennes et l’élargissement, deux domaines où l’opinion publique, même à gauche, reste très divisée sont sérieusement modifiés. Maintenant qu’il faut (re) commercer, notamment pour l’énergie, avec feu l’empire Russe, cela nécessite bien des donnants/donnants, y compris territoriaux.

Les durs du noyau, les fomentateurs de coups d’États permanents se concentrent sans vouloir ne plus « supporter » les solidarités d’une Europe continent ! Le modèle d’une Europe à plusieurs vitesses se réalise mais pur permettre de larguer, si besoin apparaît de nouveau, les plus faibles, non pour hisser le niveau de tous.

Où est la critique lucide, en France, de tous ces sommets inter étatiques tenus au nez et à la barbe des Institutions européennes légitimes ? La critique de gauche qui annone la fable de sommet successifs « pour rien » ou pour « toujours trop tard » m’apparaît bien naïve et bien faible. Comme si la dynamique communautaire, tout en voulant continuer à en utiliser la couverture et les instruments, BCE aux ordres incluse, – c’est ce qui se passe – ne demandait pas un travail à plein temps ! Sans consulter jamais les parlements nationaux, le Parlement Européen et en s’asseyant sur le rôle de la Commission Européenne elle-même.

Ce qui est entrepris à la faveur de la crise des dettes souveraines c’est une autre conception de l’Europe. Non plus une zone Euro avant-garde d’une Europe communautaire et solidaire, mais un Euro groupe échappant pour son croissant « fertile », « bancable » à l’Europe communautaire. Car en son sein le Parlement Européen prenait poussivement mais inévitablement un rôle accru, suffrage universel oblige. C’est un immense travail que d’échapper de façon anticipée aux pouvoirs d’un Parlement, même s’il n’est pas encore mâture. En France même, l’Assemblée Nationale a pu être métamorphosée progressivement en assemblée croupion. L’opération préventive en cours en Europe est donc faisable. Ceux qui ont milité afin d’utiliser la clause des « coopérations renforcées » pour tirer toute l’Europe communautaire en avant, pour une gouvernance économique, ne s’attendaient pas à voir cette clause, cette gouvernance devenir la matrice d’un traité purement intergouvernemental ! La preuve : tétanisés par l’union sacrée autour de la crise financière, ils ne voient pas la transformation en cours. Ou bien ils s’en satisfont eux aussi de façon plus ou moins avouable. Il serait peut être temps de se réveiller. Car sinon on pourra toujours renégocier bien sûr. Mais ce ne sera plus dans le cadre d’une Europe communautaire !

Le coup d’éclat : négocier un autre modèle de développement européen

Le « coup d’États » est considérable. Cela est pitié de voir qu’il est masqué ! Ceci par opportunité, par peur de réveiller un débat européen non soldé après le référendum de 2006.

Certains « petits » pays, ou, comme la Suède, ceux moins embringués dans l’Euro actuel, pensent que la manoeuvre est tellement hors des clous des textes fondant l’Union Européenne qu’ils vont pouvoir « récupérer » en partie le coup (juridiquement ??); Ceci tout en faisant mine de ne pas s’isoler, surtout aux cotés des anglais ! Mais ces derniers seront boutés hors l’Union Européenne (l’opinion publique outre Manche est chauffée pour cela) s’ils s’obstinent à vouloir faire respecter les règles actuelles (pas d’utilisation des instruments et institutions communautaires pour les coopérations renforcées, droit de veto sur le futur traité). Sinon ils se réfugieront dans l’Europe chapeau du « grand marché » qui sera accueillante pour les pays qui ne s’aligneront pas, ou plus, sur les règles du noyau dur. Car l’exclusion de ce noyau, sa menace devant suffire, devient tout à fait possible désormais ! Ce qui ne l’était pas avec les traités actuels. Pour ceux qui pensent que l’Europe nouvelle mouture n’aura pas plus de règles contraignantes que l’ancienne, « à ce qu’ils se gourent », « à ce qu’ils se gourent », pour parodier Juliette Gréco. Ce n’est pas parce que, formellement, la panoplie des « sanctions » n’apparait pas bien plus méchante que celle du pacte de stabilité antérieur que l’Union n’est pas en train de changer d’ère.

La dure difficulté de « renégocier » un tel traité va tenir moins dans celle de trouver des alliés pour se faire (le directoire Franco-Allemand exaspère suffisamment tous les autres pays ) que d’expliquer à une opinion publique française, très déroutée, qu’un « autre modèle de développement » européen, communautaire, est toujours possible et décisif pour le monde.

La campagne électorale sera peu propice à bien distinguer notre droite et notre gauche si le débat européen est esquivé. Ce serait faire un grand coût d’éclat en direction d’une victoire à gauche en 2012 que d’oser s’expliquer sur ce thème. Que de montrer que bien d’autres pays de l’Union sont disposés (et même en attente !) d’une France qui romprait non avec l’Allemagne (arrêtons d’agiter le statut de la BCE, ce qu’on sait pertinemment vain) mais avec le directoire franco-allemand d’une Europe exclusivement intergouvernementale. Pourquoi ne pas le faire avant Mars, dans la campagne électorale même, ce serait un très joli conte de Noël 2011 et même… de 2012 !

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Battre sa coulpe et soigner son Union

Alors quelle est la bonne taille de l’Europe ?

Le couple je t’aime, moi non plus ? Le trio infernal avec l’amant anglais ? Le sextet fondateur avec les latinos loser ? Le groupe des six « meilleurs partis », même si ce sont les moins sexy ? En tous les cas seulement une Europe en modèle réduit au pied du sapin de Noël 2012 ? L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! On va enfin pouvoir faire nos trois sauts de cabri, des « bonds » du noyau dur, à l’Euro groupe puis au groupe : alors heureux d’être dans l’Europe ? Sous couvert de pragmatisme, de « sérieux » c’est l’Europe espace, l’Europe démocratie, l’Europe politique, l’Europe nouveau modèle de développement, l’Europe économie de la connaissance qui est sous dotée.

C’est pourquoi je trouve réjouissant que F.Hollande mette en avant la faculté de l’Europe, telle qu’elle est, de solutionner des questions qui n’ont aucune raison, aucune possibilité, de se résoudre dans un tête à tête à deux… ou à six ou même à 17 (à 15, à 13 si on commence à exclure tel ou tel). Une Europe à 28, à 30 ou même 32 pays, avec ses Institutions multiples, dotées d’une grande capacité de souplesse et de réactivité lorsqu’on les respecte et les cultive. Qui peut rêver d’un directoire franco-allemand bien archaïque ? Ce couple maudit que l’Union Européenne a justement eu pour mission historique de dépasser. Gardons notre sans froid. Ce dépassement est inscrit dans des Institutions depuis plus de 50 ans. Nous possédons le cadre
et les mécanismes : l’Union Européenne. Utilisons les, mieux.

Traité européen ou…règlement, règlement ?

Je suis absolument d’accord sur le fait que sans changement de traité – en sachant très bien qu’un tel changement des règles disciplinaires de l’Euro groupe n’est pas un traité de l’Union Européenne-les statuts
actuels de UE permettent de créer les solidarités adéquates, les possibilités de coopérations renforcées nécessaires. Mon expérience d’une des institutions européennes, le Conseil économique et social européen, mon travail avec la Commission et le Parlement m’ont fait mesurer combien ces instances sont considérablement sous utilisées par les partis politiques et les mouvements sociaux nationaux. C’est pour des raisons « souverainistes » souvent bien pitoyables. Raisons ayant peu à voir avec la définition d’une gouvernance démocratique, coopérative, qui n’a pas besoin d’être dans un moule formellement fédératif pour être moderne, flexible et solide. Quand les opinions publiques nationales seront-elles pleinement parties prenantes des batailles et des propositions européennes qui peuvent être développées dans les Institutions de L’Union Européenne ? Pourquoi ne portons nous pas de propositions de novation sociale
majeure dans des domaines où tous les Etats adhérents sont à la ramasse, sans institutions nationales propres, comme c’est le cas pour la sécurisation sociale de la jeunesse ? On cherche désespérément un
nouveau souffle économique, social, citoyen, démocratique à l’Europe. Donnons-le ! Il est tout de même curieux de nous voir tous aujourd’hui lier notre sort commun au seul changement d’échelle et de pouvoir de la BCE. N’est-ce d’ailleurs pas la « revendication » expresse des marchés depuis le début de la crise des dettes souveraines ? Leurs assauts spéculatifs n’ont-ils pas ce but ? Comme si la mutualisation des dettes était une panacée !

Difficile de parler faussement de « mutualisation » dans la maison des mutualistes !

Qu’entends-t-on au juste d’ailleurs par le terme « mutualisation » ? (voir l’étude réalisée en 2010 par la Maison des Sciences de l’Homme de Franche-Comté, sous ma commande, sur les tribulations actuelles de ce syntagme, son utilisation consciemment fautive). S’il s’agit seulement d’une socialisation des pertes pour la privatisation des bénéfices, sans action démocratique des acteurs sociaux pour réduire les facteurs de risque, ce n’est pas de mutualisation qu’il faut parler mais d’assurance et réassurance financière. C’est toujours très coûteux pour les « assurés », avec risques d’exclusion à la clé pour les « risques aggravés » !
N’importe quel assuré connaît cette règle d’or des assureurs ! La planche à billets européenne fabriquant de la monnaie illimitée sans risques d’inflation massive et de laxismes, qui peut y croire vraiment ? Que je sache les Etats-Unis ont un budget fédéral conséquent, avec une banque centrale unique, prêteuse en dernier ressort, sans que, pour autant la question de leur considérable dette n’ait été résolue. Ne se plaint on pas depuis longtemps de cette faculté du dollar américain de s’émanciper de toutes règles contraignantes ?
De sa faculté à utiliser la planche à refiler au reste du monde sa dette ? Veut-on mimer cette irresponsabilité internationale comme élément de puissance européenne ? Les EU ont un Président fédéral élu au suffrage universel direct ! Avec un numéro de téléphone ! So watt ? Cela empêche t-il l’incapacité du couple démocrate/républicain, exactement « équilibré », 50/50, de s’enfoncer dans l’immobilisme, de traiter l’urgence comme une histoire… belge ?

Il n’y a qu’en France que l’idée saugrenue d’une Europe Franco-allemande, ou celle d’une Europe allemande est agitée ainsi. En Allemagne même cette vision un peu courte n’a pas cour. Pas plus d’ailleurs que la conduite exclusivement intergouvernementale qu’une telle vision de « couple » exacerbe. Que N.Sarkozy pousse jusqu’à la caricature (mais où sont donc passés, durant cette crise de l’Europe et non seulement de l’Euro, nos parlementaires européens, à gauche ? Je pose une nouvelle fois la question).

Pour une fédération démocratique d’Etats nations entre tous les pays européens.

Pour ma part je me suis ouvertement abstenu sur une seule convention thématique préparatoire au projet socialiste. Celle présidée par L.Fabius sur « le rayonnement international de notre pays » au motif que, le document final, par ailleurs globalement très frileux en matière d’internationalisme, arrivait à traiter de
l’Europe sans citer un seul autre pays que l’Allemagne ! faisait tout dépendre …du « couple » franco-allemand ! Ne jurait que par le modèle Allemand ! Par delà l’injure faites à nos autres partenaires de l’Union Européenne s’enfermer nous même dans cette vision surannée du binôme papa/maman est infantile et paternaliste. Ce binôme fut-il (ré) équilibré, ce qui n’est pas l’habituel d’une vie de couple ! Ce n’est pas voir d’ailleurs ce que ce fameux modèle contient lui aussi de régressions sociales (va-t-on généraliser le modèle
du travailleur pauvre à temps très réduit de travail ?) et de déclin démographique, par exemple.

Pourquoi donc, si Sarkozy trouve lui aussi ce modèle si beau, ignorer qu’il tente de résoudre ses propres impasses en adoptant une sortie explicite et rapide du nucléaire ? Sortie qui ouvre sur plus de croissance et d’emplois de qualité, plus d’avance technologique ? Pourquoi ne moque-t-il pas les allemands, comme il le fait des socialistes français, pourtant tellement plus timorés en la matière, pour leur retour à la bougie et à la lampe à huile ? Mensonge en deçà du Rhin, vérité au-delà ?

L’intergouvernementalité bureaucratique, technocratique et bancaire sous la coupe d’un « club » étroit nous conduirait tout droit à la récession et à la démondialisation provincialiste. L’Union Européenne est une idée neuve en Europe. Le souverainisme c’est…naguère !

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La victoire ? En ré enchantant !

Voici donc le Parti Socialiste doté de son candidat, François Hollande, ce qui mérite d’être salué chaleureusement et, pour ma part, amicalement. François a plus particulièrement mis l’accent sur certains aspects qui me sont chers, certes, mais surtout qui apparaissent politiquement tout à fait décisifs. Mettre un terme à l’hyper présidence. Considérer que le Président de la République ne doit pas décider de tout, sur tout, en tout. Assurer que le dialogue social, la contractualisation avec la société civile, notamment les partenaires sociaux, n’est pas un reliquat de l’action politique. Élargir à d’autres parcours que le seul parcours politique classique la conduite des affaires publiques. Faire de la Jeunesse, du pouvoir être des générations qui arrivent, l’axe central de ce quinquennat. Quelque soit sa position propre, soumettre a un grand débat citoyen la question, décisive pour notre modèle de développement, pour la civilisation, du nucléaire, de la transition énergétique.

Certes tout ne se résume pas à cela mais je pense, pour ma part, que si cela est tenu, « Le Changement » sera tenu. Je pense même que ces propositions, si elles sont vraiment débattues et enrichies durant les six mois qui viennent peuvent être majeures pour « ré enchanter » la politique, la vie sociale et donc pour accéder de façon certaine à la fonction de Président de la République en Mai 2012.

Car il va bien falloir donner des raisons évidentes à celles et ceux qui, même s’étant déplacés pour participer à la « Primaire », n’espèrent pas pour l’instant autre chose que de battre Sarkozy. D’avoir une gestion plus sérieuse des crises actuelles, plus protectrice. C’est dire l’effort qu’il reste à fournir en direction des catégories et personnes qui, elles, n’attendent plus rien du tout de la politique!! Des organisations de la société civile qui sont encore placées en simple « contre-pouvoir », exténuées par ce rôle qui les prive d’engagements larges venant de la population. Soucieuses en premier lieu de leurs survies sur leurs aires spécifiques plutôt qu’aptes à coopérer entre elles, à redécouper autrement le réel en fonction des métamorphoses en cours de celui-ci.

Pour ma part je suis donc engagé plus que jamais pour « réussir Le Changement ». Ce sans avoir à retoucher ma conviction profonde : « Le » politique, sous son mode classique, est « en Fin de Règne ». C’est certainement sur le risque de voir prolonger la conception actuelle, en surplomb, de la politique, que le danger majeur existe pour manquer ou gâcher « Le Changement ».

Ce risque demeure même une fois François Hollande candidat très bien élu, même la gauche potentiellement détentrice de tous les pouvoirs publics, ayant ainsi le maximum de « marges de manoeuvre » à sa disposition. D’autant plus que les soutiens les plus proches du « maximo leader », et lui même, proviennent justement de ces fonctions d’élus ayant effectués une « carrière » politique tout au long de leurs vies laissant peu de place à la diversité sociale, notamment celle issue des sans voix, des sans représentations propres. Catégories, personnes, majoritaires mais segmentées, isolées, sans pouvoirs directs, dont les « élus » pensent, de bonne foi, surtout s’ils proviennent eux mêmes de milieux modestes, prendre en compte les « besoins ».

La Primaire socialiste ne m’a pas permis de défendre publiquement cette thèse, à mon avis décisive. Mais celle-ci n’en demeure pas moins le grand impensé culturel, imaginaire et donc politique de cette période. Période dont rien n’assure qu’elle permettra à l’humanité de conduire sa sauvegarde et une nouvelle phase de l’hominisation.

Entre les deux tours, j’ai participé à l’invitation du Président de « Médecins du Monde », mon ami Olivier Bernard, à une table ronde sur la montée, vive et continue, des inégalités sociales de santé en notre pays. C’est un des indicateurs (les inégalités sociales face à la maladie et la mort!) les plus pertinents d’un modèle de développement et d’une civilisation. Il y avait à la table trois intervenants qui ont été soit Ministres de la santé (C.Evin, J.F. Mattéï), soit membre influent de cabinet de ministre (D.Tabuteau). Il y avait aussi mes amis E.Caniard Président de la Mutualité française et A.Lazarus qui a bien voulu rappeler combien les Mutuelles de France avaient tenté, avant l’unification mutualiste ,d’argumenter théoriquement et pratiquement une grande politique « amont », préventive de mise en cause des inégalités sociales de santé.

Sans refaire ce moment qui sera relaté par le prochain numéro de la revue « Humanitaire » de Médecins du Monde, nous avons pu constater que, tout en gardant un niveau global de remboursement de la Sécurité Sociale de près de 75 % sur la période des trois dernières décennies, tout en ayant mis en place la couverture maladie universelle, tout en ayant des Ministres et des membres de cabinet attachés à la lutte contre les inégalités et les exclusions ( de gauche et, parfois, de droite), tout en ayant des indicateurs sanitaires (dont l’espérance moyenne de la vie humaine) en progrès…la situation se détériorait de façon continue. Que les indécentes inégalités sociales de santé se creusaient encore!!

J’ai pu dire combien nous aurions besoin d’une recherche fondamentale pour expliquer cet incroyable paradoxe que la politique du pouvoir actuel envenime mais…n’explique pas!

Pourquoi ne faisons nous pas un « retour d’expérience » sur ces trente décennies et sur les décisions stratégiques qui ont té prises à gauche et à droite. Il ne va pas s’agir de faire de nouvelles, et sempiternelles, descriptions de l’état dramatique, pathétique de cette situation et des cloisonnements de tous ordres, y compris au sein du mouvement social, des personnels de santé, qui empêchent de renverser la vapeur

Il ne va pas falloir dire que cette fois « on » va donner des moyens pour une gestion pérenne des centres de santé, pour allouer quelques lignes à la prévention alors que ce discours nous l’avons déjà entendu à chaque changement de gouvernement et de Ministre (y compris de la bouche de ceux réunis ce soir là) en fermant peu à peu les centres de santé et en échouant sur toute démarche préventive. Il ne suffira pas non plus de décider au sommet de l’État de prendre de grandes décisions universelles pour une « santé égalitaire et solidaire ». Désolé, le changement social ne se décrète pas comme cela. Nous avons bien arraché la CMU et la CMU complémentaire et, pour autant, les non accès aux soins, plus encore à la prévention, continus à croître et de façon toujours plus inégalitaire pour une masse toujours plus grande de la population. C’est à n’y rien comprendre si on ne met pas en cause les idéologies dominantes en matière de santé, de prévention et plus globalement la culture des élites en ce qui concerne les voies et les moyens de toute transformation sociale réussie (en santé mais aussi à l’école, cela a été dit ce soir là). Si on ne quitte pas cette politique en « surplomb ». Si on ne voit pas que l’État providence est dans une métamorphose progressive et continue depuis trois décennies qui utilise ce qui se passe « aux marges » du système sanitaire (aussi bien qu’éducatif) pour modifier la logique d’ensemble du service publique.

Que l’opérateur stratégique de changement se situe aux confins des systèmes, là où c’est le plus mobile, le plus hétérogène, c’est à dire là où sont les personnes et populations les plus précaires, les plus exclues, les plus pauvres matériellement et culturellement en regard des codes, ressources et représentations dominantes. Qu’il ne s’agit pas seulement des populations les plus marginales (dont l’espérance de vie moyenne est inférieure à 50 ans!) mais de l’immense masse des populations précarisées, fragilisées, méprisées, définies comme ne faisant pas partie des classes, couches, âges, catégories « modernes », « dans le vent ». Que lorsque, avec les mutuelles de France, j’ai combattu jusqu’aux derniers possibles la mise en concurrence sur le « complémentaire » et le « supplémentaire » entre Mutuelles, Assurances et Institutions Paritaires c’est de ce moteur d’inégalisations permanentes et continues du système de santé et de prévention GLOBAL qu’il s’agissait. Que mes propositions les plus fortes de démocratie sanitaire, éducative, jeune, directes et d’alliances neuves entre professionnels et populations permettrons seules, même à masse financière constante, d’inverser les tendances mortifères de ces grands systèmes. Personne ne peut plus en disconvenir dans ce type de débats. Et nous pouvons, sans devoir déroger aux normes européennes, sans rechercher une illusoire situation « ante » provoquer en 2012 « Le Changement ». Pas seulement enclencher de nouvelles réformes, aussi spectaculaires apparaitrons t-elles.

C’est peut être ma dernière lettre puisqu’il s’agissait pour moi, vaille que vaille, de contribuer à la « Réussite de la Primaire socialiste » et que je m’y suis beaucoup dépensé, en tous les sens du terme. Merci pour vos éventuelles lectures. Demain est un autre jour…

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Dimanche, et après, place à la fraternité, pour gagner, pour changer « le » politique.

Quelque soit la place décernée à chaque candidat dimanche, ce rendez vous géant a marché ! 

Pour moi, le fait politique majeur de ce premier tour des primaires citoyennes concerne non seulement ce nombre mais tout au tant sa qualité. C’est la première fois que j’ai senti dans un vote national cette joie simple, plus attendue que nous l’imaginions, de partager un moment de démocratie publique rompant avec une certaine grisaille, au sentiment « d’isoloir » des scrutins habituels, de la politique comme simple obligation électorale ! Le désir de se parler et pas simplement de voter à été très profond. L’idée qu’un parti politique pouvait être un lieu d’échange et de fraternité, de sympathie spontanée, a beaucoup contribué à ce que de très nombreux votants se déclarent pour suivre et participer à la campagne électorale. 

Mais aussi, pourquoi pas, à faire, ou refaire, de la politique de façon collective dans un parti, en l’occurrence le Parti Socialiste. La question de l’offre politique faite à la population est au coeur d’un remaillage de ce fameux « vivre ensemble » dont on parle tant, sans trop jamais trouver la façon de le réamorcer. 

Rien que sur un canton de 6500 âmes c’est près de 100 personnes qui, ne se connaissant pas vraiment, n’ayant pas de liens avec une forme politique organisée, ont attesté de ce désir de tisser un lien politique commun. On va peut être dire que ce sont les feux d’un jour. Mais dès dimanche prochain le lien peut se consolider puis, suivant l’imagination, la persévérance que nous mettrons pour rendre « le » politique attractif et utile, localement, nationalement et internationalement tout autant (car les gens s’intéressent au monde, y interviennent souvent) se pérenniser et s’élargir. 

Les individus acquiescent naturellement à l’idée que la phase qui s’ouvre est propice, au delà même de la présidentielle, à faire et à refaire de la politique organisée. Que le politique autrement et mieux sur ce point, que les formes associatives, syndicales, permet, ce qu’on a vu dans les bureaux de vote dimanche, une « collaboration » de classes sociales, de salariés, de précaires, de chômeurs à des cadres, des employeurs et des dirigeants d’entreprises de tout types. 

Dans une zone à la fois rurale et industrielle (marquée par la présence d’une centrale nucléaire) nous avons bien vus que l’électorat de la primaire, bien moins âgé que le corps électoral du canton, ne réunissait pour autant pas les jeunes (18 /30 ans) – sauf s’ils étaient en couple avec des enfants- ni des personnes nettement plus âgées. On voit bien que se cacher derrière l’existence du MJS pour que la jeunesse impose sa présence politique est impossible. Que nous restons incroyablement inactif pour sortir, avec les jeunes, de ce drame local, national et européen qui fait de l’âge de tous les espoirs celui du « no futur » ! C’est dire si notre offre politique doit impérieusement débattre des solidarités à créer localement et à imposer nationalement pour ces deux âges de la vie, non seulement broyés économiquement et socialement depuis bien avant Sarkozy mais sans représentation politique effective; exclusde la vie citoyenne. Que la solution jeune aux crises qui s’additionnent toutes, est bien l’axe de ces cinq ans à venir pas seulement pour le futur gouvernement, mais pour nous tous. Qu’alors ce continuum des âges, aujourd’hui sectionné ira jusqu’aux plus âgés et que la communauté politique active peut remettre en relation une population bien trop isolée en chacune de ses personnes singulières. 

Et puis ce grand débat national sur la transition énergétique peut prendre dans cette communauté politique une dimension du plus haut niveau tant les cadres dirigeants et personnels du nucléaire sont décidés à débattre profondément avec les autres acteurs du territoire. De même pour une grande réforme des Institutions, du local à l’Europe et à l’international. C’est à dire une offre politique qui ne soit ni routinière, ni fondée sur la seule activité des élus, qui fasse des relations humaines et des solidarités concrètes, de la représentation effective de tous à tous les âges de la vie le vecteur principal « du changement de modèle de développement ». Ce qu’aucun « État protecteur », quelque soit son camp et sa présidence, ne pourra jamais imposé. Une offre politique qui « dé isole » et qui « mondialise » ! 

Certes si j’emploie ces termes ce n’est pas innocemment. Par un effet médiatique qui gonfle naturellement ce qui est le plus facilement apparent, le score d’Arnaud, il est vrai non prévu à cet étiage, serait l’élément décisif de cette primaire ? Et surtout qu’il en deviendrait « l’arbitre »! Il y aurait beaucoup à dire sur la sélection des candidats à la primaire qui explicite pour une part cette situation. 

Moi qui ai tenté de faire qu’au moins un des candidats puissent provenir d’un parcours militant « remarquable » (c’était le terme employé dans le livre signé par Arnaud Montebourg) autre que, seulement, celui d’élu, d’appareil, peux témoigner que je me suis inquiété, dès la sortie du livre programme de ce dernier, de propositions très éloignées de celles définies par le projet socialiste. Que, bien qu’intéressé à priori vu mon expérience par le concept (l’oxymore) de « capitalisme coopératif » (jamais défini, sans traces dans le livre, puis depuis), j’ai demandé s’il ne fallait tout de même pas sortir le « carton rose »? Puisque la condition pour « candidater » était de soutenir le projet socialistes, quelques soient les façons différentes de le présenter et de l’enrichir. 

Que ces propositions aient, aujourd’hui, un écho, pas seulement, mais déjà, dans des formations de gauche peu amènes vis à vis du projet socialiste, parfois ailleurs aux dires mêmes de l’intéressé, n’est pas vraiment une surprise en soi. Que les deux « impétrants » qui, forts de plus de 70 % des voix, ne soient pas insensibles au forcing d’Arnaud pour se départager, comment faire autrement, maintenant (même si je pense qu’il faut aussi ne pas se laisser trop aller, ceci déjà pour assurer la victoire en 2012) ? 

Non pas qu’il faille avoir peur de ces débats qui existent au sein de la gauche mais en les prenant à bras le corps pour le premier, puis le deuxième tour de l’élection…présidentielle. En ne fragilisant pas les possibilités de victoire pour 2012 de la ou du candidat pleinement légitime qui sera élu dimanche prochain. De même on ne peut en conclue que la « gauche » du parti socialiste aurait désormais un pôle alternatif au reste du parti, qui plus est sur des positions qui méritent, là, d’être débattues en Congrès. Si tant est qu’il s’agisse toujours de postures « gauche ». Non pas que d’un coup d’un seul me voilà frileux sur un débat que j’aurai souhaité bien plus sensible aux conditions de mise en mouvement de la société toute entière, bien plus ouvert par l’expérience d’au moins un parcours militant différent. Mais, alors que je pense que l’essentiel pour gagner en 2012, pour réussir « le changement », réside dans la capacité du parti socialiste de remettre en mouvement une population qui y est prête, je perçois ce que pourrait devenir un nouveau débat d’appareil au sein du PS. Une nouvelle « sous organisation » interne des « 7000 » même si on la couvre d’une nouvelle ivresse personnelle si propice à la médiatisation. 

Je pense fondamentalement que c’est une nouvelle fonction d’action, non principalement étatique, de pensée, non liée à celles concurrentes de courants personnalisés, de dé isolement des personnes et des « classes », d’éducation civique et populaire permanente, de mondialisation des intérêts de la planète auquel le succès et l’ambiance fraternelle que ce premier dimanche (celui d’un parti socialiste non club fermé des seuls élus) ouvre immédiatement. Autant laisser aux quinquas de l’UMP un autre agenda et une autre alternative… 

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Que veux-t-on vraiment en matière de changement?

Alors que le premier tour de la primaire se tient, avant que j’en sache et la participation et le résultat, je vérifie chaque jour que devant cette question nous sommes, chacune et chacun, assez vague. Entre la défiance vis à vis du politique pour changer la vie et ce constat qu’il n’y a pas d’autres moyens que le suffrage « pour faire bouger les choses, même si on n’y croît pas, plus » nôtre bulletin de vote balance. C’est pourquoi je pense qu’il y aura une forte participation à la Primaire citoyenne. C’est pourquoi je demeure aussi sur mon analyse : « le politique », « ce » politique est « en fin de règne ». Nous n’assistons pas seulement une fin de règne de Sarkozy, mais à une fatigue de ce traitement « pour nous », « sans nous » des affaires publiques, avec toujours les mêmes mornes résultats ; – Ceci sans être certain que nous soyons prêts à prendre nos responsabilités propres – A ne pas déléguer aux seuls « spécialistes » la conduite des affaires – A demeurer autres choses que les spectateurs critiques d’un jeu politique toujours recommencé. Allons-nous entrer dans un nouveau règne du politique ?

Franchement peu m’importe, personnellement, le vainqueur de la Primaire citoyenne car ce n’est pas cette question qui est décisive ! Ce qui est certain c’est que l’élu(e) de cette primaire représentera la plus forte chance de gagner la Présidentielle avec, cette fois-ci un parti, et bien au delà, qui sera unanime dans le soutien. Il ne s’agira même pas d’un dosage de rapports de force à l’interne.

La situation vraiment neuve est que le Parti Socialiste, mon parti, va être dans la position s’il gagne – et comme des millions d’autres personnes, j’y concourrais – de créer les conditions permettant de transformer le modèle de développement qui prévaut depuis… bien avant Sarkozy ; d’ouvrir la voie sur une nouvelle civilisation. C’est à dire d’entamer une métamorphose complète de la société par une voie pacifique, solidaire, fraternelle ce qui ne veut pas dire couverte de roses. La victoire du Sénat plus large et plus inattendue que l’on ne s’y attendait nous même, permet de construire jusqu’au bout, aux niveaux institutionnels, les moyens de cette métamorphose. C’est une situation exceptionnelle dont aucun de nous, même le candidat le mieux préparé, n’a la juste mesure actuellement, car il ne s’agit pas seulement d’une option politique possible parmi d’autres – de l’attente d’un président plus habile qu’un autre – mais d’un dépassement de toutes les impasses qui, si elles se prolongent, mettront en cause non seulement le « vivre ensemble », mais le vivre tout court, la saveur et le bonheur (même dans les aléas douloureux de toutes vies) d’être humain.

Le « on ne peut pas tout faire » ne va pas peser lourd devant la possibilité-nécessité de tout faire autrement. La situation idéologique est elle même extrêmement favorable puisque les impasses mortifères du modèle de développement dominant sont universellement pointées partout. Puisque l’Europe, même si elle est majoritairement à droite n’a, actuellement aucunes propositions novatrices à présenter.

Mais pour être franc je n’ai pas senti dans les débats précédents la Primaire autre chose qu’une possibilité d’alternance bien menée. Pour être franc aussi, je pense qu’aucun être « normal » ne peut prédire ce qui peut s’enclencher suite à une victoire de la gauche ayant autant de marges de manoeuvres politiques, institutionnelles et idéologiques. Je vois dans le fond qu’une seule difficulté pour donner toutes ses chances à cette métamorphose qui ira bien au delà (peut être) et bien autrement (avec certitude) que ce que nos programmes peuvent prévoir. Il s’agit du maintien, telle qu’elle est, de la fonction actuelle du politique. De la prétention que nous aurions déjà trouvé, grâce à notre Primaire, un nouveau régime du politique et de la démocratie ! De ce point de vue, l’ami Olivier Ferrand, (Terra Nova) qui s’essaye de tirer les marrons d’un feu qui a failli le bruler, n’hésite pas à dire que nous serions passés déjà d’une direction oligarchique à une direction démocratique. Pitié, non, le chemin reste largement à faire ! La cooptation des « élus » par les « élus » demeure la règle sociétale actuelle, en politique comme ailleurs. De la faculté de faire vivre un parti politique qui ne confond pas, qui ne se fond pas dans « le »pouvoir, de la faculté de faire vivre des démocraties sociales, économiques, culturelles qui ne soient plus de simples contre-pouvoirs, de la radicalité des séparations des pouvoirs, va certainement dépendre le degré d’avenir de cette espérance qui se lève pour un changement de modèle de développement, autrement que par catastrophe(s). La tendance lourde des femmes, hommes et systèmes de pouvoirs encore très élitistes, entre soi, est d’être très conservatrice en terme …de partage, diversification et rotation des pouvoirs. L’égalité politique=réelle qui permettrait aux groupes et classes sociales exclus du pouvoir depuis la grande révolution française (les pauvres, les précaires, les dominés, les « gens de rien », les non membres du « club ») d’y être eux aussi, à leur juste réalité, n’est pas inscrit dans les gènes du parti socialiste. Et pas même dans ceux des organisations du mouvement social ! Va-t-on franchir ce plafond de « verre forgé » par tant et tant de siècles ?

La nature si profonde des transformations à entreprendre va-t-elle nous « obliger » (car nous ne le ferons pas de nôtre plein gré !) à faire sauter les verrous, voir à anticiper un peu puisque la domination de toutes les institutions républicaines permettra de grandes novations démocratiques ?

Les organisations du mouvement social, de la société civile vont-elles pouvoir sortir d’une vision trop subordonnée, trop cloisonnée de leurs fonctions, de la cooptation, du formalisme et du « clubisme » qui sévissent aussi en leur sein ? Comment cette transformation essentielle pourra se réaliser en dehors de responsabilités propres confiées à ces formes d’organisation (au suffrage universel des intéressés aussi, à la rotation des fonctions de représentation)? D’évidence la partie « primaire » n’a pas vraiment permis d’aborder ces questions. Questions où, à mon avis, se jouera la métamorphose démocratique, émancipatrice ou non de nôtre société. Ceci bien plus que de savoir comment chaque candidat voit précisément la réforme de l’éducation, de la santé, de la sécurité…chacune conçue évidemment comme « la » priorité! Pour tout dire je ne pense pas que l’élection présidentielle elle même se jouera explicitement sur ces questions de mise en mouvement de toute la société, de chacune de ses formes instituées ou instituantes. Nous mêmes, citoyens, n’étant pas très au clair sur nôtre part de responsabilités de gestion et d’action propres à prendre pour changer de modèle de développement. La démocratie étant, encore, plus vue comme un moyen (électoral) que comme une condition (de réussir un changement) que comme une fin en soi (enrichissement relationnel, culturel et spirituel).

Dans une période idéologiquement très favorable à la gauche (d’habitude « vous » arrivez péniblement au pouvoir alors que commence déjà le déclin idéologique), en absence de modèles autres à tous les niveaux (national, européen, international) la bataille a déjà changé de dimension. Le vote de 2012 ne sera pas un référendum pour ou contre Sarkozy mais pour que politiquement la gauche, le socialisme français, soient positionnés pour « Le Changement ». Dire que nous savons pleinement lequel serait tromper. Dire qu’il n’inclut pas toutes les sphères publiques et privées de la société, qu’il pourrait être circonscrit, serait voir trop court.

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j’aimais la rentrée des…classes

Alors que le premier tour de la primaire se tient, avant que j’en sache et la participation et le résultat, je vérifie chaque jour que devant cette question nous sommes, chacune et chacun, assez vague. Entre la défiance vis à vis du politique pour changer la vie et ce constat qu’il n’y a pas d’autres moyens que le suffrage « pour faire bouger les choses, même si on n’y croît pas, plus » nôtre bulletin de vote balance. C’est pourquoi je pense qu’il y aura une forte participation à la Primaire citoyenne. C’est pourquoi je demeure aussi sur mon analyse : « le politique », « ce » politique est « en fin de règne ». Nous n’assistons pas seulement une fin de règne de Sarkozy, mais à une fatigue de ce traitement « pour nous », « sans nous » des affaires publiques, avec toujours les mêmes mornes résultats ; – Ceci sans être certain que nous soyons prêts à prendre nos responsabilités propres – A ne pas déléguer aux seuls « spécialistes » la conduite des affaires – A demeurer autres choses que les spectateurs critiques d’un jeu politique toujours recommencé. Allons-nous entrer dans un nouveau règne du politique ?

Franchement peu m’importe, personnellement, le vainqueur de la Primaire citoyenne car ce n’est pas cette question qui est décisive ! Ce qui est certain c’est que l’élu(e) de cette primaire représentera la plus forte chance de gagner la Présidentielle avec, cette fois-ci un parti, et bien au delà, qui sera unanime dans le soutien. Il ne s’agira même pas d’un dosage de rapports de force à l’interne. 

La situation vraiment neuve est que le Parti Socialiste, mon parti, va être dans la position s’il gagne – et comme des millions d’autres personnes, j’y concourrais – de créer les conditions permettant de transformer le modèle de développement qui prévaut depuis… bien avant Sarkozy ; d’ouvrir la voie sur une nouvelle civilisation. C’est à dire d’entamer une métamorphose complète de la société par une voie pacifique, solidaire, fraternelle ce qui ne veut pas dire couverte de roses. La victoire du Sénat plus large et plus inattendue que l’on ne s’y attendait nous même, permet de construire jusqu’au bout, aux niveaux institutionnels, les moyens de cette métamorphose. C’est une situation exceptionnelle dont aucun de nous, même le candidat le mieux préparé, n’a la juste mesure actuellement, car il ne s’agit pas seulement d’une option politique possible parmi d’autres – de l’attente d’un président plus habile qu’un autre – mais d’un dépassement de toutes les impasses qui, si elles se prolongent, mettront en cause non seulement le « vivre ensemble », mais le vivre tout court, la saveur et le bonheur (même dans les aléas douloureux de toutes vies) d’être humain. 

Le « on ne peut pas tout faire » ne va pas peser lourd devant la possibilité-nécessité de tout faire autrement. La situation idéologique est elle même extrêmement favorable puisque les impasses mortifères du modèle de développement dominant sont universellement pointées partout. Puisque l’Europe, même si elle est majoritairement à droite n’a, actuellement aucunes propositions novatrices à présenter.

Mais pour être franc je n’ai pas senti dans les débats précédents la Primaire autre chose qu’une possibilité d’alternance bien menée. Pour être franc aussi, je pense qu’aucun être « normal » ne peut prédire ce qui peut s’enclencher suite à une victoire de la gauche ayant autant de marges de manoeuvres politiques, institutionnelles et idéologiques. 

Je vois dans le fond qu’une seule difficulté pour donner toutes ses chances à cette métamorphose qui ira bien au delà (peut être) et bien autrement (avec certitude) que ce que nos programmes peuvent prévoir. Il s’agit du maintien, telle qu’elle est, de la fonction actuelle du politique. De la prétention que nous aurions déjà trouvé, grâce à notre Primaire, un nouveau régime du politique et de la démocratie ! De ce point de vue, l’ami Olivier Ferrand, (Terra Nova) qui s’essaye de tirer les marrons d’un feu qui a failli le bruler, n’hésite pas à dire que nous serions passés déjà d’une direction oligarchique à une direction démocratique. Pitié, non, le chemin reste largement à faire ! La cooptation des « élus » par les « élus » demeure la règle sociétale actuelle, en politique comme ailleurs. De la faculté de faire vivre un parti politique qui ne confond pas, qui ne se fond pas dans « le »pouvoir, de la faculté de faire vivre des démocraties sociales, économiques, culturelles qui ne soient plus de simples contre-pouvoirs, de la radicalité des séparations des pouvoirs, va certainement dépendre le degré d’avenir de cette espérance qui se lève pour un changement de modèle de développement, autrement que par catastrophe(s). La tendance lourde des femmes, hommes et systèmes de pouvoirs encore très élitistes, entre soi, est d’être très conservatrice en terme …de partage, diversification et rotation des pouvoirs. L’égalité politique=réelle qui permettrait aux groupes et classes sociales exclus du pouvoir depuis la grande révolution française (les pauvres, les précaires, les dominés, les « gens de rien », les non membres du « club ») d’y être eux aussi, à leur juste réalité, n’est pas inscrit dans les gènes du parti socialiste. Et pas même dans ceux des organisations du mouvement social ! Va-t-on franchir ce plafond de « verre forgé » par tant et tant de siècles ?

La nature si profonde des transformations à entreprendre va-t-elle nous « obliger » (car nous ne le ferons pas de nôtre plein gré !) à faire sauter les verrous, voir à anticiper un peu puisque la domination de toutes les institutions républicaines permettra de grandes novations démocratiques ?

Les organisations du mouvement social, de la société civile vont-elles pouvoir sortir d’une vision trop subordonnée, trop cloisonnée de leurs fonctions, de la cooptation, du formalisme et du « clubisme » qui sévissent aussi en leur sein ? Comment cette transformation essentielle pourra se réaliser en dehors de responsabilités propres confiées à ces formes d’organisation (au suffrage universel des intéressés aussi, à la rotation des fonctions de représentation)? D’évidence la partie « primaire » n’a pas vraiment permis d’aborder ces questions. Questions où, à mon avis, se jouera la métamorphose démocratique, émancipatrice ou non de nôtre société. Ceci bien plus que de savoir comment chaque candidat voit précisément la réforme de l’éducation, de la santé, de la sécurité…chacune conçue évidemment comme « la » priorité! Pour tout dire je ne pense pas que l’élection présidentielle elle même se jouera explicitement sur ces questions de mise en mouvement de toute la société, de chacune de ses formes instituées ou instituantes. Nous mêmes, citoyens, n’étant pas très au clair sur nôtre part de responsabilités de gestion et d’action propres à prendre pour changer de modèle de développement. La démocratie étant, encore, plus vue comme un moyen (électoral) que comme une condition (de réussir un changement) que comme une fin en soi (enrichissement relationnel, culturel et spirituel).

Dans une période idéologiquement très favorable à la gauche (d’habitude « vous » arrivez péniblement au pouvoir alors que commence déjà le déclin idéologique), en absence de modèles autres à tous les niveaux (national, européen, international) la bataille a déjà changé de dimension. Le vote de 2012 ne sera pas un référendum pour ou contre Sarkozy mais pour que politiquement la gauche, le socialisme français, soient positionnés pour « Le Changement ». Dire que nous savons pleinement lequel serait tromper. Dire qu’il n’inclut pas toutes les sphères publiques et privées de la société, qu’il pourrait être circonscrit, serait voir trop court. 

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Je devrais avoir honte ?

Ne pas avoir réussi à trouver sur les centaines et centaines de parrainage possibles 16 à 17 camarades, grands élus ou dirigeants nationaux du parti socialistes se décidant librement à me parrainer, n’est effectivement pas très glorieux. Surtout après 47 années de militances et de réalisations sur tous les fronts, plus une année pour faire connaître et « réussir la primaire ».

Certes, le jeu était totalement verrouillé d’entrée.  La « sortie » démontre spectaculairement qu’il s’agissait pour les duettistes qui ont décidé de s’affronter, tout en sourires  bien sûr, de faire étalage de leur force. A qui pourra écraser l’autre au nombre de parrainages (il en fallait juste moins d’une vingtaine pour être qualifié, normalement), en « stars » les soutenant d’entrée, prenant partie dès la primaire elle-même !

Qui c’est la plus généreuse, la plus ancrée dans la société civile ? Qui c’est le plus sérieux, le plus à même de serrer les cordons de la bourse ? Et chacune, chacun, comme pour le Roi ou la Reine d’un jour de se payer un super gouvernement d’opérette où chaque strapontin d’une improbable gouvernance est déjà occupé ! Même le poste d’ambassadeur auprès de la principauté de Monaco est pourvu, dans les deux camps, paraît-il. Ce qui est très fort car ce poste n’existe même pas, en vrai ! Deux « immenses » armées se mettent en branle au moment où tout le monde part à la plage ; impressionnant, non? On est là loin de la rencontre d’une femme, d’un homme avec le peuple. Mais c’est ça être socialiste : jouer collectif, même pour bronzer idiot !

Et surtout pas de débats directs entre candidats, pas de meetings avec les militants. Des fois que l’on traiterait de questions de fond, d’interrogations majeures, toujours à résoudre. L’heure est au dialogue direct avec les Français. Justement 20% de l’électorat est prêt à se rendre aux urnes de la primaire ! Non, vous exagérez ! 1 million de votants, cela sera bien suffisant, se sont exclamés successivement nos deux champions !

On ne sait jamais. Trop de votants pourrait tuer le vote attendu : face, un premier secrétaire du parti, pile, une première secrétaire du parti. Désormais il me sera difficile d’examiner le réel, dans ses contradictions, sans que je sois soupçonné de remâcher je ne sais quelle amertume. La politique c’est ça coco. Les âmes sensibles s’abstenir! Tu descends de ta baleinière ? (mode breton du Drakkar). On veut gagner à tout prix, tu ne l’a toujours pas compris ? Plus aucune remarque critique ne sera admise. Nous sommes LA solution. Nous ne faisons pas partie des problèmes auxquels s’affronte notre civilisation !

Les questions que tu soulèves, les propositions que tu fais sont intéressantes. Mais ce sont des sujets de Congrès, camarade. Donc partie remise ? Sauf que le Congrès, le Parti, bof… aujourd’hui plus qu’hier encore. Si déjà cela permet d’avoir assez de votants, mais pas trop, pour que la ou le nominé(e)  puisse en octobre commencer ses meetings en donnant un grand coup de chapeau au merveiiiiiilleux travail des militants unis pour bouter Sarko. La rénovation démocratique du parti aura porté ses fruits !

Sauf que chacune et chacun est en attente qu’il se passe vraiment quelque chose. Donc des surprises nous en aurons ! Par exemple celle d’une primaire où il y aura plus de votants qu’attendu. Même sans réelle campagne « exemplaire et concurrentielle ». Le besoin de participation est tel. Il y a encore le temps donc de construire l’espace de ce que pourrait être un débat politique de la primaire portant sur la fonction de Président(e) de la République.

Formidable débat à avoir quand on connait les pouvoirs actuels attachés à cette fonction. Un(e) candidat(e) qui pourrait redonner des pouvoirs à la société civile organisée, aux citoyennes et citoyens eux mêmes au lieu de les capter toujours plus. Qui pourrait « réarmer » la possibilité d’intervention efficace des syndicats, des mutuelles, des créateurs et des professionnels de métiers, des entrepreneurs sociaux partout où le bien commun est en question.

Cela reste l’enjeu pour toute la période historique à venir, c’est ma seule certitude. On peut encore éviter par nôtre intervention militante, nôtre absence de réflexes stéréotypés, le concours de « c’est qui qui à la plus grosse » colonie de stars, d’artistes et de scientifiques très connus qui s’agenouilleront devant la, le, futur monarque démocratique. C’est qui qui a le mieux appris sa méthode « Assimil » en 36 leçons pour « faire » Président ? C’est qui qui apparaît le plus simple et le plus humain ? Moi en tous les cas, non candidat personnel à la primaire désormais (presque un honneur semble-t-il que de m’être fait éliminer sur le tapis rose, signe qu’il y avait une crainte, même microscopique, que j’arrive à percer « grand public » ?), je ne désarme pas. Je n’ai jamais eu l’illusion que « le » et « les » politiques allaient soudainement changer d’imaginaire seulement en le leur proposant. 

Je sais combien je choque que de vouloir modifier la fonction même du politique dans une société déjà métamorphosée, elle. Combien cela apparaît comme un crime de lèse majesté, une obscénité. « J’suis l’pornographe du politographe ». S’il y a une possibilité de débattre du fond dans cette primaire, de déverrouiller le système démocratique bloqué, je la saisirais et l’amplifierais (l’improbable est désormais très probable !).

Ce qui m’arrive à moi, ne pas même pouvoir exprimer auprès du public une voix, une voie, solidement expérimentées alors qu’on prétendait que tout le monde était à égalité de chances, c’est ce qui arrive à chacune et chacun dans la vie de tous les jours : obligé(e) de ravaler son expérience, son métier, ses diplômes, ses talents pour être admis, et encore, dans une société hiérarchisée, bloquée, où il faut sans cesse se censurer pour ne pas se faire virer !

S’il y a une possibilité d’ici avril 2012 je la saisirais (des surprises, il y en aura d’ici-là). Et après avril 2012 – qui peut dire que la victoire est sûre maintenant, et que si victoire il y a, elle sera celle qu’on croit présentement ? – je la saisirais. Ceci avec un parti qui devra vivre et se rénover en tout état de cause. Ceci dans une situation nationale, européenne et internationale dont le caractère inouï, imprévu est certaine. Je la saisirais sans me laisser intimider par celles et ceux qui rêvent de ne voir qu’une seule tête, une seule hypothèse. Qui voit tout regard différent non pas comme un apport mais comme une atteinte à « l’intérêt supérieur ». Dans ce monde qui est déjà métamorphosé la métamorphose du politique n’est pas un supplément d’âme. Je n’ai pas honte d’en maintenir la visée. C’est le seul service que je peux encore rendre à mon parti, à la gauche humaniste et sociale. 

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« Il est temps de rouvrir l’espace des Possibles »

Je reprends cette proposition de l’interview de Stephan Hessel paru dans la double page « Débats » du journal « Le Monde » du samedi 9juillet. Toute la question est là ! Pas seulement en ce qui concerne la « politique pour l’art et la culture ».

Cette société, ses médias, qui titrent facilement sur l’impertinence vitale de la création, sur la nécessité donc « de déplacer les codes esthétiques, voire politique », sur le fait que toute nouveauté essentielle « choque » se réfugie sans cesse sur le déjà vu et répété mille fois, sur les positions les plus traditionnelles et les plus convenues ! Tout est fait pour que le champ des possibles ne s’ouvre pas. Pour que tout le monde (au-delà du journal, mais aussi par lui) se range derrière une seule voie, une seule hypothèse, un(e) seul (e) leader. Ceci au nom des intérêts supérieurs supposés du pays, du camp concerné, du parti. Et même quand on organise nous même quelque chose « d’Ouvert », de pluriel, il faut s’arranger pour que nous nous enfermions encore dans la pluralité du même ! Que nous restions dans le monde truqué de la bienséance. « Qu’on fasse clan » comme le dit Madame Verdurin tout au long du roman de Proust « A la recherche du temps perdu » (*).

Cette double page du journal de samedi est très emblématique de ce point de vue. Certes rouvrir l’espace des possibles mais avec les signatures de trois plumes (Hessel, Morin, Mérieu) qui, leur qualité n’est pas en cause, sont les abonnés permanents des tribunes des deux quotidiens nationaux « Le Monde » et « Libération ». Ont-ils des choses si neuves à nous dire, qu’ils n’ont pas déjà dites et redites, pour que de nouveau ce soient eux, et toujours eux qui aient ces tribunes ? Où est l’impertinence, la prise de risque de leurs parts et de la part de ces titres, la possibilité d’offre de pensées nouvelles ? Sous les auspices de grands noms vénérés, les atours d’un anticonformisme et d’un éloge de la dissidence nécessaire à toute nouveauté, ne sommes nous pas là dans le conformisme le plus classique et le plus conservateur ? « On fait clan » de la bien-pensance progressiste. Je « choque » ? C’est mal poli de faire ce que je fais ? C’est impertinent ? C’est pour moi la moindre des choses puisqu’il s’agit d’une action, aux moyens limités mais pugnaces, de toute une vie, pour contribuer à « rouvrir l’espace des possibles », justement.

Le même jour dans le journal « Libération » daté lui du 8 juillet, il y a une tribune d’un collectif d’intellectuels, d’artistes et de scientifiques titré « Avec Martine Aubry ». Diable, déjà ! Chaque phrase est contestable, quant à la fonction qui est donné de ces métiers pour participer à « l’animation de l’espace public ». « L’Esthétique est politique » (E. Morin), mais comme cela ? À la manière d’un appel digne des membres de l’Académie des arts et des sciences de l’URSS ? Ce qui est incontestable, c’est « qu’ils font clan » et ce dans une stratégie qui est celle définie par la dame concernée (dès la primaire socialiste faire mine de sauter cette primaire et d’apparaître tout de suite comme «la « représentante (de) la gauche à l’élection présidentielle de 2012 », c’est la citation de la fin de l’appel du dit collectif).

C’est drôlement part,i cette histoire de primaire, tout de même ! J’ai rencontré cette semaine le Président de la Haute Autorité chargée de son contrôle (une primaire ouverte – ouf, nôtre ami JM Baylet est sommé d’avoir « envie » d’être Président de la République –  exemplaire) pour lui signaler que la moindre des choses eut été, JP Mignard en a convenu, de connaître la liste des parrains que pouvaient solliciter les candidat(e) s. Que les candidats, lorsqu’ils atteignent leurs quotas de parrains suffisants puissent rétrocéder ceux qu’ils n’utiliseront pas (des centaines pour certain(e) s) afin que ces parrainages redeviennent, éventuellement, utilisables. Ceci afin de « rouvrir l’espace des possibles » grâce à l’émergence d’un autre type de candidat que celui, unique dans sa pluralité, prédéfini par l’entre soi répétitif des seuls dirigeants nationaux, des médias itou. Là aussi mon interlocuteur semblait partager cette position non truquée.

Par l’intermédiaire du journal « Libération » du mardi 12 juillet, je dois, sous la forme d’un encart publicitaire, lancer mon dernier appel pour que ce type de candidature puisse concourir lors de notre primaire. Il ne s’agit pas d’une exception à mon analyse sur la place actuelle des médias puisqu’il s’agit d’un encart payé sur mes modestes ressources personnelles. Mes propositions de tribunes dans la rubrique Rebonds étant régulièrement non retenues depuis que je ne suis plus le Président d’une Fédération Mutualiste Nationale, fonction qui pouvait être tolérée semble-t-il. Encore est-il que je remercie « Libé » d’avoir tout de même accepté cette formule, rien ne l’y obligeait.

Allons bon, alors qu’il faut battre Sarkozy à tout (n’importe quel?) prix  vais-je devenir le « candidat malheureux » qui va se tromper de combat si, dès fois, il n’est pas été retenu pour concourir dans la primaire ? Que Nenni, je n’instruirais aucun recours vétilleux si le cas est.

J’ai toujours dit qu’à la fin des primaires je soutiendrais la ou le candidat qui sera élu et que je suis engagé totalement, dès à présent, pour populariser et mettre en œuvre notre projet « Le Changement » dans son entièreté. Ce qui nécessite de gagner et de mobiliser le parti socialiste, j’en serai, la société civile organisée et les citoyennes et citoyens, j’en serai, sans conditions.

Je combats la prétention, vielle comme la réaction, d’Henri Guaino émise dans « Libération » de samedi 9 juillet du « Finissons-en avec la lutte des classes ! ». Je suis persuadé tout autant que la lutte des places n’est pas assez regardée au sein de la gauche, au sein du parti socialiste. Et ce dans son caractère qui est le plus mortifère : lorsque cette lutte, nécessaire elle aussi pourtant, ne ré-ouvre pas sans cesse l’espace des possibles. Je continuerai donc à proposer d’autres possibles, quitte à choquer.

Daniel Le Scornet

(*) Je lis actuellement « Lectures de Proust » sous la direction de Raphaël Enthoven, Fayard, 2011

PS : Ce dimanche soir, il devient très probable que même mon insert payant dans « Libération » ne paraîtra pas. Sur un mode grave/humoristique je constatais que « je devrai avoir honte ! » vu mon âge et mon parcours civique conséquents de n’avoir pas pu convaincre « seulement 16 à 17 camarades » sur des milliers qui auraient pu me parrainer, en toute liberté bien sûr, afin qu’un candidat de mon type soit dans la primaire. Qu’il « rouvre d’autres possibles » en quelque sorte. Il paraît que j’aurai mal compris les négociations sur cet insert notamment dans sa dimension commerciale. C’est probable. L’important pour moi est que l’entière liberté de la presse soit respectée. Car même si elle joue systématiquement contre moi, et contre bien d’autres je présume, cette liberté est consubstantielle à la démocratie.

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